jeudi 22 juin 2017

Chemin de St-Rémi 3– Lettre à mon Grand



« … Cher Fils,
 
Au moins nous aurons eu droit à une belle journée ensoleillée. Seuls quelques nuages erraient ici et là, dans la bleutée du ciel. Déjà tôt matin, la chaleur était omniprésente dans le sentier de l’érablière où nous conduisait presque en gambadant, la petite Sœur Ghislaine. 

Loin d’être seuls, un escadron de moustiques s’amusait à fendre l’air de leurs minuscules ailes. Bon joueur, tu avais prévu le coup en vaporisant sur ta peau exposée ainsi que sur tes vêtements, un nuage de chasse-moustiques. Ils voyaient bien de quel bois tu te chauffais!

Tu marchais vite. Très. Trop pour moi. Je t’ai alors suivi de loin. À un moment, je me suis arrêtée près de ce ruisseau fleuri, où le clapotis de l’eau m’apparut si apaisant. J’en ai profité pour m’abreuver de la sérénité s’en dégageant. Pendant ce Temps, toi, tu continuais d’avancer.

Chez Cassis et Mélisse nous nous sommes retrouvés. Tu avais déjà enlevé bottes et bas. J’ai fait de même. Les poules nous passaient entre les jambes. Tu te souviens combien le jeune coq faisait le fier pet?
Et qu’est-ce qu’on a dégusté jusqu’à la dernière miette la baguette de jambon-fromage-de-chèvre que la Dame nous avait préparé! 
Un pur d-é-l-i-c-e! 

Il y a eu aussi ce couple de personnes d’un certain âge qui nous attendait près d’un pont avec des bouteilles d’eau. Te rappelles-tu si c’était de l’Eska? Je n’en suis plus certaine. 

Quand je t’ai vu entreprendre la longue côte sur Ville-Marie, je t’ai accompagné dans cette quête de bonheur et d’amour. Combien de fois en chemin, m’as-tu offert de porter mon sac? Offres que j’ai refusées car je voulais te montrer de quoi j’étais capable. 
Orgueil de mère…

 
Arrivés à Buckland, après un autre 18.8km de déambulations erratiques, nous avons partagé une bière St-Lazarre. Microbrasserie obligeait. Si je me souviens bien, tu as apprécié. 

Et moi, Ciel que j’étais fière d’avoir fait ce trajet avec toi!

Je t’aime fort mon Grand.

Ta Mom xoxoxo… »

mercredi 21 juin 2017

Chemin de St-Rémi 2– Lettre à ma JSC*



« … Chère JSC,
 
C’était le deuxième matin. Nous avions lu le « St-Damien-de-Buckland : facile - 11km » avec une pointe d’ironie. Était-ce là le flegme des néophytes ou plutôt la conviction positive en nos capacités antérieurement éprouvées? 
Seul Lundi nous le dirait…

Presque dès le début de la journée, tu as laissé ton pas rapide nous distancer. Nous nous étions entendues. Tu souhaitais la solitude. La campagne te l’offrait sur un plateau de verdure. Tu as plongé tête première, sans rarement regarder en arrière. 

Dans cette zénitude de terroir, les kilomètres ont roulé sous tes souliers. Les montées étaient faciles, contrebalancées par de courtes pauses ici et là. Durant l’une d’elles, tu n’as pas résisté à l’envie de te déchausser pour marcher pieds nus. Même si on nous l’avait fortement déconseillé. Au cas où… 
Mais toi, les aux-cas-où, tu t’en fous pas mal, n’est-ce pas? Je souris là...

Le soleil nous plombait les idées. Les miennes en tout cas. Quand la pluie nous lava de nos péchés alors que nous marchions vers le monastère de la Congrégation des sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours, c’est tout juste si nous ne les avons pas vus s’élever dans un nuage de brume.

Nos péchés, pas les sœurs

Le soleil est réapparu comme Sœur Ghislaine levait les bras en l’air pour nous accueillir avec les grands honneurs. Je dois t’avouer que j’ai trouvé ça un peu mystique. C’est à ce moment que tu t’es retournée vers moi, jetant un œil par-dessus mon épaule, dans un au-revoir au Chemin parcouru. Un sourire a fendu ton visage de fierté. 


Lundi avait parlé. Tu venais de sillonner 18.8km d’un degré de difficulté, que nous avons décrété d’un commun accord, plus élevé que le jour précédent. 
Comment pourrait-on se fier aux écrits à l’avenir? 

Tu peux dire : défi accompli ! Repos bien mérité. Je t’aime.

Ta GSC xoxoxo... »
*JSC : Jeune Sœur Chérie

mardi 20 juin 2017

Chemin de St-Rémi 1– Lettre à Francine



« … Chère Francine,
 
Nous avons pris la route sans carnet du marcheur, avec comme seul GPS, notre GBS*! Advienne que pourra! Nous irions de l’avant, toi et moi, à nos rythmes respectifs, avec respect et solidarité partagés.


Tu te souviens, dès le départ nous nous sommes arrêtées quelques instants dans l’église du village de St-Léon-de-Standon, comme si on voulait s’assurer de la bénédiction des cieux. 
Ou de quelques dieux… 
Ou vice-versa… 


Le vent soufflait si fort, et les nuages chapeautant nos têtes, laissaient présager une journée d’effort. Mais toi et moi, nous nous sentions aussi solides que les montagnes se découpant à l’horizon. Le Chemin « difficile » n’avait qu’à bien se tenir!


Fut-ce la chaleur, qui nous cloua le bec pendant la longue ascension de la route de la Montagne? Je ne saurais le dire. Chose certaine, quand nous nous retournions pour laisser planer nos regards au loin, on en avait presque le tournis. La chaleur s’élevait en même Temps que les mètres se perdaient sous nos pas alourdis par nos sacs portant la précieuse eau, nos victuailles et les quelques vêtements dont nous aurions besoin pendant notre pérégrination.


Les rafales te faisaient ravaler ta colère d’être prisonnière de ce fauteuil roulant. C’est avec courage et ténacité que tu as gravi toutes les montées.


Te souviens-tu de cette Jeune femme qui s’est arrêtée en plein milieu de l’ascension de la côte-qui-n’en-finissait-plus-de-monter, pour offrir à chacune un drumstick?  
Ciel que ça nous a fait du bien, une fois rendues au sommet, de s’asseoir dans l’herbe sur le bas-côté, pour le déguster! Précieuse première récompense!


C’est assise là, bien tranquille, que je repensai au gros bœuf en cavale sur la route, alors que je me rendais au village. En voiture. Fiou! Je n’aurais pas aimé une telle rencontre à pieds!


Les gens sur leur galerie nous jasaient ça. On se sentait comme des dignitaires ayant laissé derrière elles leurs pouvoirs, les troquant contre un vœu d’humilité...


3h33 – Nous sommes arrivées chez l’hébergeur. Tu as souri. Je me suis bien demandée à qui tu pouvais penser… Quelle coïncidence!

 

L’immense chalet du Domaine Faunique nous a accueillies avec ses moustiques, ses lacs, ses poules en liberté… et son manque d’électricité! 


Mais nous nous sommes bien débrouillées, habillées de nos coutumes de filles des bois. On a soupé, économisé l’eau et nous nous sommes couchées tôt, laissant derrière nous, ces premiers 12km.


Que de beaux souvenirs, n’est-ce pas Francine? Que dirais-tu, qu’un jour peut-être? ... 

Ton amie Fitzsou xoxoxo… »

* GBS : Gros Bon Sens

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